KARATÉ d'Okinawa
Le Karaté est aujourd'hui probablement l'art martial le plus populaire au monde. Son histoire commence il y a quelques siècles dans une petite île de l'Océan Pacifique, l'île d'Okinawa. C'est une histoire longue, complexe et mouvementée, riche en contradictions de tous genres, où ce mélangent les appellations à la fois antinomiques et complémentaires. De ce fait, Okinawa ("la corde posée en pleine mer") fait certainement partie des quelques lieux mythiques, comme le célèbre Temple de Shaolin, par lesquels passe l'histoire des Arts Martiaux. Située entre la Chine et le Japon au coeur de l'archipel des Ryu-Kyu, cette petite île
s'étend sur environ 120 km sur 30 km de large fut le berceau du Karaté, avant qu'il ne soit introduit au Japon dans les années 20.
Contrairement au Judo et à l'Aïkido, le Karaté ne fut jamais l'oeuvre d'un seul homme, mais celle de plusieurs générations de maîtres et de disciples, à travers une multitude d'écoles et de styles originaux qui conservent aujourd'hui encore, toutes leurs caractéristiques spécifiques.
Le Karaté est un art martial qui utilise de manière rationnelle toutes les possibilités que lui offre le corps humain en matière d'autodéfense. Les techniques les plus fréquentes sont celles de blocages et de percussions, largement majoritaires dans les styles modernes. Les styles traditionnels, quant à eux, développent parallèlement une panoplie très éclectique de techniques
d'esquives, de saisies, de luxations, de projections et de strangulations, tout à fait caractéristiques d'une recherche d'efficacité intégrale.
Les techniques traditionnelles du Karaté sont destinées à assurer une efficacité totale dans toutes les formes de combat possibles, que ce soit à longue distance (distance de jambe), à distance moyenne (distance de poing) ou à distance courte (corps-à-corps).
Aujourd'hui, le nombre total de styles de Karaté doit largement dépasser le
millier. Mais une soixantaine seulement sont connus et pratiqués. Ils ne doivent cependant pas être considérés comme les plus
"sérieux" ou les plus efficaces.
Pratiqué dans les universités, l'art martial d'Okinawa a beaucoup évolué, avec, notamment l'apparition de la compétition. Mais dans l'archipel des Ryu-Kyu on pratique encore la forme ancienne de cet art, celle des maîtres
Itosu, Funakoshi, Mabuni, Miyagi, les pères du Karaté
moderne.
UECHI RYU, le style d'Okinawa
S'il existe un style parfaitement représentatif de ce qu'était le Karaté au 19e siècle c'est bien l'UECHI
Ryu. Originaire, bien évidemment d'Okinawa, le Karaté de l'école Uechi est resté pratiquement inchangé depuis le 19e siècle. Il a été fondé en 1897 par un
paysan, Uechi Kambun, qui était allé étudier les wushu en Chine sous la direction du Maître Zhu Shua et devenu son successeur dans le style Pangen
nu. A son tour, Uechi Kanei, né en 1927, enseigne l'art du Uechi Ryu à partir des années 1940. Cette école enseigne 8 kata de combat. Il s'agit d'un style où la musculation et le durcissement du corps occupent une place prépondérante. La spécificité du Uechi Ryu réside dans sa technique même. On y apprend à encaisser des coups très puissants sans aucun
dommage. Il faut donc prendre en compte non seulement celui qui
donne, mais aussi celui qui reçoit, le coup pour juger de son efficacité réelle. Dans ce style la défense a autant d'importance que l'attaque : si l'on reçoit un coup les muscles sont tellement bandés que l'on ne sent
rien. La défense doit être aussi forte que l'attaque et l'esprit aussi fort que le corps. Il n'y a que deux points vitaux qui ne sont pas protégés par les muscles : le visage et les
testicules. De plus en règle générale si l'on développe sa puissance musculaire on perd en rapidité. Les entraînements de Uechi Ryu ont donc la spécificité de conserver cette vitesse d'exécution. Il faut savoir être à la fois dur et
souple. Le nom de l'école chinoise qui fut à l'origine du Uechi
Ryu, le Pangainoon, signifie justement dur et doux.
Des exercices au makiwara et au sac de sable sont nécessaires pour développer une puissance véritable en combat. L'importance du regard est également
capitale. C'est le cas d'ailleurs pour tous les arts
martiaux. Le regard perce la personnalité de l'adversaire. Le Uechi Ryu développe un entraînement particulier qui vise à développer la puissance du regard : ne pas ciller les paupières lorsqu'on reçoit un coup par
exemple. L'essentiel du Uechi Ryu est que dans cette discipline on attaque toujours les points
vitaux. Dans une discipline autre on a parfois du mal à se débarrasser d'un adversaire plus important que soi en gabarit d'un coup de poing
seiken. En revanche avec nukité une pique des doigts à un point vital non protégé est la garantie de repousser
l'adversaire. Le Uechi Ryu enseigne de se placer toujours lors d'un combat en situation de vie ou de mort. C'est l'esprit du budo
authentique. Dans un combat à mort on vise avant tout les points vitaux les moins protégés : les yeux et les
testicules. Il existe 104 points vitaux.
Contrairement aux autres arts martiaux, où les compétitions sont très protégées par les règles et les coups dangereux
interdits, le Uechi Ryu permet de frapper dans les jambes et au corps. Les coups de pied au visage sont autorisés mais ils doivent être contrôlés. On a également le droit de saisir et de continuer le combat au sol.
Le Champion d'Okinawa
Parmi les plus grands maîtres d'Okinawa il y a Maître Kiyohide
Shinjo, 7e Dan Uechi Ryu. Agé de 45 ans, Maître Shinjo pratique le Karaté depuis l'âge de 10
ans, soit 35 années d'entraînement, quotidien, bien sûr ! Ce colosse de 1m90, s'est rendu célèbre en 1973, en remportant le premier championnat de kumité d'Okinawa (All Okinawa Karaté Do Tournament). Lorsqu'on sait que l'île compte plus de 200
dojos, que les gamins là-bas pratique le karaté comme chez nous on pratique le football, à l'école et depuis leur plus jeune âge, on comprend qu'il ne s'agit pas d'une mince performance. D'autant que la compétition avait lieu au KO, avec coups au corps et low-kicks autorisés. Maître Shinjo est aussi le Directeur Technique de la "All Okinawa Karaté Do Federation" : c'est l'un des experts les plus estimés de l'île.
Maître Shinjo a pris la succession de son père, qui fut également son
professeur. Comme la plupart des instructeurs d'Okinawa, Kiyohide ne vit pas du karaté, il est ingénieur. Ses entraînements débutent par les cours des
enfants. Kata, puis combat avec protection (gants et plastron). Dans les cours de Shinjo on retrouve toutes les bases du Uechi Ryu : travail du kata Sanchin mains
ouvertes, avec frappes pour vérifier la tension musculaires de l'exécutant. Musculation et travail au makiwara jouent un rôle essentiel dans cette école. Pour la préparation au combat, Maître Shinjo utilise un gant de boxe enfilé au bout d'un bâton afin de tester le sens de l'esquive de ses élèves.
La spécialité de Maître Shinjo est la casse d'une batte de base-ball avec l'avant bras, alors que la batte n'est tenue que par une seule personne, à deux mains. Et ceci, bien sûr, sans trucages. Autre démonstration, peut-être encore plus impressionnante, la casse de planches en Tsumatsukigeri, avec la pointe des
orteils.
Au-delà du spectaculaire ces démonstrations ramènent au Karaté ancien, tel qu'il était pratiqué au 19e siècle. On raconte que Maître Itosu fut un jour défié par un jeune combattant. La rencontre ne dura que quelques secondes : sur une attaque au poing, Itosu brisa le bras de son adversaire, avec un blocage. Fin du combat ! Autre exemple, le duel qui opposa un jour Maître
Ankichi Arakaki à un lutteur de sumo dans une auberge. Provoqué par le sumotori, Arakaki finit par perdre patience et l'étendit KO d'un tsumatsuki-geri au corps. L'homme mourut 6 mois plus tard ! Le sens du Karaté ancien est en fait une self-défense faite, le cas échéant pour tuer sur un coup unique. Le travail au makiwara, la musculation et le durcissement du corps (avant-bras, tibias et extrémités des doigts) sont des aspects essentiels de l'entraînement. A Okinawa chaque karatéka possède un makiwara chez lui et s'y entraîne chaque jour en plus des heures passées au dojo. Le travail de durcissement des avant-bras, ou kote-kitai, fait partie intégrante de chaque
cours.
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